Connaissances traditionnelles, nouveaux outils
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Comment les éleveurs apprennent à partager à nouveau la terre avec la faune
Bien avant que les loups, les ours et d'autres grands carnivores ne fassent l'objet de débats politiques et de stratégies de conservation de l'UE, les éleveurs de toute l'Europe les connaissaient déjà bien. Dans les alpages de Roumanie, les hauts plateaux de Grèce et les pâturages d'Espagne, des générations de pasteurs ont développé une compréhension pratique du comportement des grands carnivores et ont construit leurs pratiques agricoles autour de celui-ci. La garde des chiens, l'élevage communautaire, les enclos nocturnes et les mouvements saisonniers soigneusement chronométrés n'étaient pas des traditions romantiques: C'étaient des stratégies de survie.
Alors que les grands carnivores retournent dans des paysages dont ils étaient absents depuis longtemps, cette connaissance est plus pertinente que jamais. Le projet CoCo s’efforce de le documenter, d’en tirer des enseignements et de le combiner avec de nouveaux outils et technologies, non pas pour remplacer ce que les éleveurs savent déjà, mais pour s’appuyer sur celui-ci.
A Slovakian farmer being interviewed by a member of the CoCo team.
Un déficit de connaissances qui fonctionne dans les deux sens
L’une des conclusions récurrentes des travaux de CoCo dans ses 12 pays d’étude de cas est que le déficit de connaissances concernant les grands carnivores n’est pas unilatéral. Les scientifiques et les décideurs politiques manquent souvent de compréhension détaillée de la manière dont l’agriculture fonctionne réellement sur le terrain – les rythmes quotidiens, les pressions économiques, les contraintes pratiques qui déterminent si une mesure de protection est viable ou non. Dans le même temps, certains éleveurs dans les zones où les carnivores sont récemment rentrés naviguent dans une réalité à laquelle leurs parents et grands-parents n'ont jamais été confrontés.
Relier ces deux mondes – l’expériencenel et le scientifique – est au cœur de l’approche du CoCo. Le projet rassemble des chercheurs, des praticiens, des agriculteurs et des gestionnaires de la faune pour ne pas se dire ce qu'il faut faire, mais pour construire une compréhension commune de ce qui est réellement possible.
A Norwegian farmer being interviewed by a member of the CoCo team.
Ce que les pratiques traditionnelles peuvent encore nous apprendre
Dans certaines parties de l’Europe où les grands carnivores n’ont jamais complètement disparu (Roumanie, Grèce, certaines parties des Balkans), les éleveurs ont maintenu des pratiques qui, ailleurs, ont été largement oubliées. Les chiens de garde du bétail restent l'un des outils les plus efficaces et les plus utilisés: Des races telles que le Berger du Caucase, le Kangal et le Karakachan ont été raffinées au fil des siècles spécifiquement pour la tâche de dissuader les prédateurs tout en restant gérables pour les agriculteurs.
Mais les chiens de garde du bétail ne sont qu'une pièce d'un système plus large. L’élevage communautaire – où plusieurs agriculteurs mettent en commun leurs troupeaux et partagent le travail de protection – réduit l’exposition individuelle et répartit le coût de la vigilance. Enclos nocturnes, itinéraires de pâturage soigneusement choisis qui évitent les territoires carnivores connus et la lecture des signes du paysage indiquant la présence de prédateurs: ce sont des formes de connaissances qui prennent des années à acquérir et ne peuvent pas simplement être téléchargées à partir d'un manuel.
CoCo s'efforce de veiller à ce que ces connaissances ne soient pas perdues. En documentant les pratiques dans l’ensemble de ses zones d’étude de cas et en créant des espaces permettant aux éleveurs de différents pays d’échanger leurs expériences – comme cela s’est produit lors d’une récente visite d’étude dans les Asturies, dans le nord de l’Espagne –, le projet contribue à maintenir vivant et transférable un corpus vivant de connaissances.
A Spanish shepherd with his dogs and sheep.
Où les outils modernes entrent en jeu
Les connaissances traditionnelles ne suffisent pas toujours à elles seules, en particulier dans les paysages où l'agriculture a radicalement changé, où la main-d'œuvre est rare et où les populations de carnivores se rétablissent rapidement. C'est là que les outils modernes peuvent jouer un rôle de soutien, non pas en remplacement de l'expérience, mais en tant qu'extensions de celle-ci.
Le flux de travail spécifique de la CoCo sur les outils et les technologies passe en revue ce qui est disponible, ce qui fonctionne réellement dans la pratique et dans quelles conditions. La gamme est large:
Des colliers de suivi GPS sur le bétail et les carnivores, permettant aux éleveurs d'anticiper la proximité et d'agir avant qu'une attaque ne se produise.
Des conceptions de clôtures électriques améliorées qui sont plus portables, plus abordables et mieux adaptées à la nature mobile de l'élevage extensif.
Les pièges à caméra et les systèmes de surveillance à distance qui fournissent une alerte précoce de la présence de carnivores dans une zone donnée.
Des moyens de dissuasion légers et sonores, dont certains peuvent être automatisés pour réduire le fardeau des éleveurs travaillant seuls ou avec un personnel limité.
Fondamentalement, l’approche de CoCo n’est pas de plaider en faveur d’une solution unique. Ce qui fonctionne dans les forêts denses de Lettonie peut être peu pratique sur les plaines ouvertes de Castille. Ce qui est abordable pour une grande coopérative en Roumanie peut être hors de portée pour un petit exploitant en Slovénie. Le projet est en train de construire une boîte à outils – et les connaissances nécessaires pour l’utiliser – qui peut être adaptée à l’énorme diversité des contextes agricoles en Europe.
A wolverine captured with a camera trap.
Une image plus large
L'accent mis sur les outils pratiques et les connaissances traditionnelles ne signifie pas ignorer le contexte plus large. Le retour des grands carnivores dans les paysages européens comporte des dimensions écologiques, bien que leurs effets dans les habitats fortement modifiés soient complexes et encore à l'étude. Il existe également des dimensions économiques, à la fois des opportunités potentielles et des tensions réelles, comme l’ont montré les discussions dans certaines régions, où des activités telles que le tourisme d’espèces sauvages peuvent entraîner leurs propres complications pour les communautés agricoles locales.
CoCo prend ces complexités au sérieux. Le projet n'offre pas de réponses simples, car la situation n'en a pas. Ce qu'il offre, c'est un processus rigoureux et inclusif pour travailler à travers eux, un processus qui maintient les gens qui vivent et travaillent sur la terre au centre de la conversation.